Logique Floue #9

Questionner l’IA pour mieux en parler : le regard de Lucie Fraïssé

avec Lucie Fraïssé

Dans ce nouvel épisode de Logique Floue, rencontre avec Lucie Fraïssé, responsable marketing et communication chez SpirOps.

Après une formation en lettres et langues et un parcours loin de la recherche scientifique, Lucie découvre en arrivant chez SpirOps un univers qu’elle connaît peu, et sur lequel elle porte de nombreuses interrogations. Son défi : comprendre l’approche complexe et unique de SpirOps sur l’IA pour pouvoir l’expliquer et porter la voix de toute l’équipe qui la développe.

Elle raconte aussi sa découverte d’une entreprise au fonctionnement atypique : pas de hiérarchie définie, des décisions prises collectivement, une grande autonomie laissée à chacun et des profils très différents réunis autour d’un même projet.

Son rôle chez SpirOps l’amène aussi à confronter ses propres questionnements à ceux des chercheurs : 

  • Quel impact l’automatisation aura-t-elle sur le travail ?

  •  Comment développer l’IA sans négliger ses conséquences sociales et environnementales ? 

  • Et comment garder une distance critique face à l’emballement actuel autour de ces technologies ?

Des interrogations auxquelles Lucie ne cherche pas forcément des réponses définitives. Elle défend plutôt la nécessité de créer des espaces de discussion pour comprendre ce qui est en train de se jouer et réfléchir collectivement à ce que nous voulons faire de l’intelligence artificielle.

CRÉDITS: Carole Cheysson - Pulse (interview), Sacha Bénard (assistant), William Lopez (mix), Kelian Regis (jingle), Yara ALnajem (illustration) et Audiomeans (hébergement et diffusion)

[00:00] INTRODUCTION :

Logique Floue est un podcast consacré à l'intelligence artificielle et au monde qui se construit autour d'elle. Au fil des épisodes, des chercheurs, entrepreneurs, philosophes ou acteurs publics viennent partager leur vision de l'IA. D'autres épisodes sont consacrés aux femmes et aux hommes qui la développent au quotidien. Dans ce nouvel épisode, rencontre avec Lucie Fraïssé, responsable de la communication chez SpirOps. Elle travaille à faire rayonner le monde de l'IA. 

[00:30] Lucie Fraïssé :

On dirait qu'ici, il y a comme une organisation, comment on peut dire ça, une organisation intrinsèque. C'est comme si les gens se coordonnaient seuls sans même trop communiquer sur les choses. Il y a quelque chose de liant qui se crée et qui est extrêmement particulier et que je n'avais jamais vu dans d'autres groupes humains, même associations ou autres. Et c'est ça qui est assez magique. C'est très, très unique et ça donne vraiment une... C'est ça qui fait la spécificité de la boîte.

[01:01] Carole :

Est-ce que tu peux commencer par te présenter ?

[01:05] Lucie Fraïssé :

Je suis Lucie, je suis responsable marketing et communication à SpirOps. Je suis arrivée il y a deux ans et demi dans l'entreprise et je n'étais pas forcément prédestinée à l'origine à être dans la tech ou l'IA. J'avais travaillé avant dans un cabinet d'expertise comptable, donc pas vraiment de rapport. Mais j'ai une formation en plus en lettres et langues. C'est un parcours un peu divers, on va dire. Et j'avais travaillé dans mon tout premier emploi en alternance dans une entreprise qui fait des systèmes d'éco-pilotage pour les avions. Et j'avais beaucoup aimé l'aspect petite entreprise de la tech, assez agile et fluide et ça m'avait beaucoup plu. Du coup, je me suis dit quand j'ai eu l'opportunité de rejoindre SpirOps, que ce serait intéressant et sûrement super enrichissant de bosser dans ce secteur-là.

[01:56] Carole :

Et justement, quand tu as passé l'entretien, t'as dû découvrir un peu des spécificités de Spirops, et évidemment, au fil des ans, ça fait combien de temps maintenant ? Ça fait trois ans ?

[02:07]* Lucie Fraïssé :

Ça fait deux ans et demi.

[02:11] Carole :

T'as pu observer ça ? Qu'est-ce que tu notes, toi, en particulier ? Qu'est-ce qui te plaît particulièrement ?

[02:16] Lucie Fraïssé :

L'organisation d'entreprises. Ça offre une flexibilité qui est quand même super particulière, et on ne le voit vraiment pas partout. Il y a pas mal d'entreprises qui essayent d'avoir des formats un peu originaux, aujourd'hui, dans la façon dont elles organisent le travail et dont elles laissent la liberté ou non à leurs employés. Et c'est vrai qu'à SpirOps, on a quand même une flexibilité énorme, que ce soit en termes de jours de télétravail, de présence, la possibilité d'être plus ou moins là pendant la journée, sur les jours où on n'est pas obligatoirement ici. Alors des fois, ça occasionne des discussions assez animées sur l'organisation du travail justement et les libertés qu'on prend ou non. Par exemple sur les horaires de présence, les choses comme ça. On gère tout de façon collective aussi. Donc ce sont des décisions qui sont prises à l'unanimité, en tout cas par discussion ensemble. Et ça c'est quelque chose qui est super enrichissant et chouette. Ça occasionne énormément de discussions très longues, qui parfois prennent beaucoup d'énergie. Mais c'est ça qui fait qu'à l'arrivée, on arrive à des consensus qui sont assez forts finalement, et qu'on est tous embarqués dans le projet d'entreprise. Et c'est quelque chose que je trouve assez rare. En général, on a... En plus, ici, il n'y a pas de hiérarchie définie. Donc, quand il y a une hiérarchie, on est souvent quand même un peu assujettis à la décision de quelqu'un. Et là, le fait de pouvoir discuter des choses ensemble, ça crée vraiment un engagement, je trouve, qui est très fort pour l'entreprise, et pour le projet global aussi, pour le fait de travailler ensemble et de chacun participer à ce qu'on peut faire, quoi.  

Il y a une autre particularité, c'est l'autonomie qui est laissée sur les postes. Pour moi, ça a été assez difficile, surtout au début. Ça avait d'ailleurs été prédit par la personne qui avait passé l'entretien avec moi au début. C'est que quand on est junior ou à un poste de débutant, ça fait une masse de choses qu'il est possible d'aborder, de faire. Donc c'est difficile d'aller prioriser, de choisir vers quoi on va s'orienter, surtout dans un poste aussi multiple que le mien. Mais ça laisse aussi une créativité, une liberté qui est quand même très particulière et rare, en tout cas dans mon milieu c'est très rare. Donc c'est vraiment, c'est très riche comme manière de travailler. Et moi il y a quelque chose que j'adorerais faire par exemple pour SpirOps, c'est d'en parler à l'extérieur et de porter un peu cette voix-là. Aujourd'hui on focalise beaucoup plus sur les technologies qu'on crée et la façon dont on peut les vendre à l'extérieur, ou en tout cas les partenariats qu'on peut tisser avec d'autres organisations, mais ce modèle d'entreprise, il mérite vraiment d'être connu, je trouve. Surtout aujourd'hui, il y a un problème de sens dans le travail qu'on retrouve assez fréquemment. En tout cas, les gens qui me sont proches en ont parlé énormément. Et cette organisation à SpirOps, elle est quand même tellement agréable que je pense qu'il y a plein d'entreprises qui pourraient s'en inspirer ou mettre en place des choses similaires qui leur conviendraient mieux.

[05:03] Carole :

Oui, après, j'imagine qu'il y a beaucoup d'entreprises qui ne le font pas parce que, justement, pas de hiérarchie, décision collective, autonomie, fait que tu n'as pas quelqu'un en haut qui dit on va faire comme ci, comme ça.

[05:13] Lucie Fraïssé :

Et en même temps, ça a ses côtés positifs aussi. Donc voilà, il faut voir. Pour quelqu'un de très, très organisé, je pense que ça peut être assez frustrant de voir parfois cette désorganisation qui est créée. Mais c'est pas forcément négatif, c'est-à-dire que ça dépend comment on priorise les choses et quelle liberté on veut donner aux gens aussi, je pense.

[05:30] Carole :

Ouais, je comprends. Mais du coup, tu penses que qu'est-ce qui en ressort le plus ?

[05:35] Lucie Fraïssé :

Une créativité. Et c'est ça qu'on veut aujourd'hui, je pense, dans la façon qu'on a de faire les choses et tout. Le fait de pouvoir décider spontanément ce sur quoi on va travailler en fonction du besoin, mais aussi de ce dont on a envie, ça laisse libre cours à plein d'idées et de choses qui pourraient peut-être pas avoir lieu si on priorisait vraiment certains sujets comme on le fait dans les entreprises classiques et après bien sûr l'engagement des gens ici on a très peu de turnover et je pense que c'est beaucoup dû à cette organisation là dans les autres entreprises, c'est quand même assez frustrant de devoir parfois se mettre à faire des tâches qui sont particulièrement pénibles et parfois sur des très longues durées en plus ici c'est des projets qui durent plusieurs années. Donc si on devait se mettre sur des projets qu'on n'aime pas pendant plusieurs années sans cette liberté de choix, ce serait compliqué.

[06:22] Carole :

Ça influe aussi, j'imagine, sur le choix des gens qui vont travailler là.

[06:27] Lucie Fraïssé :

Oui, quand on recrute, effectivement, on cherche à recruter des gens qui vont adhérer à ce modèle-là et ce projet. Donc il faut des gens qui soient assez autonomes, qui soient assez flexibles, comment dire, curieux d'apprendre à faire plein de choses et de toucher un peu à tout aussi. Et c'est quelque chose qui est vraiment important pour garantir le bon fonctionnement de la boîte. Donc oui, oui. Après, on n'est pas non plus archi sectaires, on fait juste un test de, comment dire, de code qui vient souligner par la réflexion de la personne sa capacité à répondre aux problèmes et à réfléchir. Et c'est grâce à ce test-là unique et au contact avec la personne qu'on arrive à voir si la personne sera adaptée ou pas. Parce qu'en plus, je pense que c'est important aussi de pouvoir recruter des gens à qui ça conviendra. Parce que ça peut être un modèle très perturbant. Donc, il faut aussi que ces personnes qui arrivent soient contentes d'être là, d'une certaine manière.

[07:23] Carole :

Oui, et les différents profils, là, je réfléchis à ceux que j'ai déjà vus là, sur ce canapé. C'est vrai que c'est très fort, finalement, ils se sont souvent formés de manière un peu, pas académique. Ils ont souvent fait des trucs en autonomie, beaucoup d'auto-formation, etc. Donc, ce n'est pas tellement étonnant, en fait.

[07:43] Lucie Fraïssé :

On a des parcours assez variés et un peu multiples. Et ce qui est assez marrant, c'est que, par exemple, j'ai un parcours qui est quand même très littéraire, donc ça ne correspond pas beaucoup au public de l'entreprise. Tout le monde est développeur ou, en tout cas, chercheur à l'origine, voilà. Et finalement, il y a plein de choses, y compris en termes de valeurs ou de passions, sur lesquelles on se retrouve énormément. Parce que beaucoup sont aussi très culturellement intéressés par plein de choses, y compris littéraires, grands lecteurs, joueurs. Donc il y a énormément de choses à échanger. Et c'est marrant le fait que ces parcours aussi différents et ces personnalités aussi différentes réussissent à faire une forme de tout, qu'on retrouve à Spirops.

[08:24] Carole :

Et donc toi, ayant plutôt ce parcours littéraire, tu te retrouves dans l'IA. C'était pas attendu. Et donc ça donne quoi ? Qu'est-ce que tu en penses ?

[08:34] Lucie Fraïssé :

C'était dur. Au début, c'était très compliqué. En fait, j'ai un métier qui est basé sur le fait de comprendre l'activité de l'entreprise et des personnes qui sont dedans et de porter la voix de ces personnes-là, pour montrer ce qu'elles font à l'extérieur. En général, dans un système, dans une entreprise dans laquelle c'est très scientifique, axé chercheur, etc., c'est très difficile de faire ce travail-là. On dit que c'est un des secteurs les plus difficiles parce que ce sont des personnes qui sont tellement dans leurs recherches et tellement techniques qu'elles ont parfois du mal à vulgariser et à parler de ce qu'elles font de façon assez claire pour que l'extérieur puisse comprendre. Donc quand je suis arrivée, je me suis heurtée à ça énormément. Ce qui a beaucoup aidé, c'est qu'ils étaient tous très disponibles, pour aider et très patients pour répondre aux questions. Je leur ai fait répéter les trucs cent mille fois. Ça demandait beaucoup de patience à tout le monde. Et ça a été dur, parce que c'est très technique. J'aime beaucoup rigoler sans arrêt en disant « moi je ne sais pas compter », parce que vraiment je n'ai pas du tout la fibre science du tout. Donc ça a été complexe, mais c'est passionnant aussi.

J'aime bien les trucs un peu défi, où on commence à zéro et où on galère un peu. Quand on arrive au bout on a une forme de satisfaction personnelle qui est super. Et donc c'est ça que je suis venue chercher. Je pense aussi qu'il y avait une forme de défi à réussir à comprendre ce qu'on fait, de quoi on parle, ce qu'on veut porter comme message. Ça a été très long. J'ai mis deux ans et demi. Là, je considère que je suis arrivée au bout de cette démarche. Maintenant, c'est à peu près bon. J'arrive à mieux agir et à vraiment mettre des choses en place. Chose qu'avant, j'avais vraiment du mal à faire. J'étais totalement surchargée mentalement. C'était très dur. Mais c'est passionnant de découvrir un monde entier qui s'ouvre et surtout au niveau de l'IA, ça déconstruit beaucoup de choses que je croyais être vraies sur le milieu et sur la chose. J'étais une très grande détractrice des systèmes de génération, etc. Et j'avais énormément de questionnements éthiques quand je suis arrivée. Qu'est-ce qu'on fait à l'automatisation des pertes d'emploi ? Qu'est-ce qu'on fait de la valeur de sens, des gens dans la création, dans des emplois où ils vont perdre un peu en flexibilité sur leurs tâches et tout ça. Et donc, c'était l'occasion d'en parler avec les personnes de l'équipe aussi, de dire, toi, t'en penses quoi et pourquoi ?

[10:42] Carole :

Et alors ?

[10:44]* Lucie Fraïssé :

Je notais sérieusement. C'est un peu la démarche qu'on fait avec le podcast.

[10:48] Carole :

Oui, tout à fait.

[10:50] Lucie Fraïssé :

Mais j'en suis arrivée à une espèce de... C'était difficile au début de me faire une idée parce que chacun a vraiment ses idées à lui. Et je voyais pas l'unicité. Et donc, ce podcast, c'est super intéressant parce que ça me fait voir la cohérence qu'on a dans la démarche et tout ça. Y compris dans les valeurs de chacun, qu'on porte un peu ensemble et tout. C'est difficile de toucher du doigt quelque chose de concret qui soit commun, mais c'est intéressant de le chercher et de poser des questions aux gens pour ça.

[11:11] Carole :

Mais justement, ces valeurs de l'IA, aujourd'hui, tu t'es réconciliée avec ? Je parle de la démarche de SpirOps, évidemment, parce que l'IA en elle-même, c'est un sujet tellement vaste que... Voilà, mais est-ce qu'aujourd'hui, justement, tu te sens à l'aise avec les valeurs portées par la boîte et ce qu'elles amènent ?

[11:32] Lucie Fraïssé :

Oui, alors un peu des deux. C'est-à-dire qu'il y a l'aspect oui, où je suis très heureuse de voir qu'en interne, il y a un vrai questionnement qui est posé sur la façon dont même nous, on utilise les IA réseau de neurones, que ce soit les tchats ou les IA génératives ou autres. Il y avait une ou deux initiatives qui avaient été lancées par je ne sais plus trop qui en interne, qui avaient dit en gros on utilise des modèles existants américains ou français, qu'est-ce qu'on fait pour réussir à rendre cette utilisation plus frugale ou en tout cas plus éthique ? Est-ce qu'on la contraint ? Est-ce qu'on y réfléchit ensemble d'abord pour définir des règles ?

Des questionnements comme ça qui ont été posés. Donc ça c'est assez, je pense, assez rare peut-être dans les boîtes aussi, et un peu exceptionnel. Et puis vu qu'on a la capacité de le porter en tant qu'employé, du coup ça peut prendre de l'ampleur et être suivi par tout le monde. Et aussi, j'aime beaucoup le fait que notre technologie de cœur de métier, j'aime bien dire by design, anglophone un peu, voilà, j'aime beaucoup le fait que cette technologie là soit pensée, by design, frugale, et qu'elle soit, la moins consommatrice possible, la plus légère possible, etc. L'aspect non, c'est plus l'aspect... Enfin, je suis plus mal à l'aise avec l'idée d'automatiser les systèmes et le côté éthique de l'automatisation des emplois. Ça, c'est quelque chose sur lequel j'ai encore du mal à me faire une idée précise et à m'arrêter. 

Et du coup, c'est quelque chose sur lequel je me renseigne pas mal. J'essaie de faire des recherches et de voir un peu de... J'aimerais, par exemple, pour le podcast, inviter des personnes qui ont fait des recherches là-dessus, sur aussi l'impact psychologique sur les travailleurs, etc. Et ces choses-là me mettent un peu moins à l'aise, on va dire, sur les questions. Mais chacun a un peu ses idées aussi sur la question. J'ai cru comprendre que ça va être long à venir et que c'est pas dit que les pronostics qui ont été faits jusque-là soient vraiment si à court terme. Donc c'est un peu rassurant aussi. Mais je pense qu'on a des questions à se poser en tant que société. Et le fait, société humaine, par SpirOps, et le fait qu'on n'ait pas vraiment la main là-dessus. Je me sens un peu impuissante là-dessus.

[13:43] Carole :

Mais en même temps, est-ce que ce n'est pas ce doute ou ce point d' interrogation encore concret et présent qui fait qu'on y fait attention ? 

[13:54] Lucie Fraïssé :

Oui, c'est ça aussi.

[13:56] Carole :

C'est ce que je me dis, c'est que si tu te disais, bah oui, moi je suis ok, et puis ça me semble très bien l'automatisation des métiers, etc., bah en fait, on se pose plus la question. Alors que là, l'avoir en tête, et je vois que c'est le cas quasiment de tout le monde, ça et l'écologie, évidemment, bah heureusement, parce que sinon, je pense qu'on laisse tout filer .

[14:14] Lucie Fraïssé :

C'est ça, et puis dans le choix des projets sur lesquels on va aller travailler aussi, c'est-à-dire qu'à chaque fois, on essaye d'aller sur des projets où les entreprises ont vraiment un créneau qui est le moins impactant possible pour les métiers existants. On participe à des prototypes, à des projets de recherche très en amont qui n'ont pas de direct impact, évidemment, parce que parfois les choses ne sont pas déployées de suite dans les entreprises. Mais il y a une vraie question aussi d'aller chercher des contrats et des projets qui soient dans le cadre de ce que nous, on veut faire ou ne pas faire. Et ça c'est important aussi. Et c'est vrai qu'on pourrait être tenté d'aller chercher des projets qui rapportent plus par exemple, et qui sont dans une démarche un peu moins éthique, ou en tout cas un peu plus directe en production, là sans avoir vraiment réfléchi aux conséquences. Et ça c'est quelque chose qui est très rassurant effectivement, et qui fait que vu qu'on se pose la question, on reste toujours vigilant par rapport à ça derrière.

Et après, il y a un autre truc aussi qui est assez difficile, en tout cas, je trouve spécifiquement à mon poste, c'est que vu que je suis sur la partie relations extérieures de l'entreprise, je fais énormément de veille aussi sur les marchés, sur la façon dont on déploie l'IA dans la société. Et ce qui est difficile à constater, c'est cette espèce de discours ambiant tout-IA où on essaie de mettre énormément d'investissements sur des modèles dont on n'a pas du tout regardé l'impact écologique, dont on n'a pas du tout regardé, l'impact social également, et ce discours un peu ambiant où les choses bougent très vite et où il y a un emballement par rapport à ces sujets-là, sans avoir vraiment réfléchi au préalable et s'être posé en tant que société à réfléchir à ces choses-là et à la façon dont on veut l'utiliser, ça c'est quand même assez dur au quotidien, on va dire, pour quelqu'un d'aussi préoccupé par ces questions que moi. D'autres personnes seraient peut-être moins touchées par ça. Mais c'est quelque chose, vu qu'on va dire chaque semaine, je fais une veille assez constante, qui est dur à constater. Il y a encore cette impuissance qui revient. Mais d'une autre manière, vu que nous, on apporte aussi notre part d'une certaine façon, je me sens quand même rassurée un petit peu. Ce n'est pas de la peur. C'est plus une forme de... Il faudrait quand même qu'on s'y penche dessus.

[16:21] Carole :

Je comprends. Est-ce qu'il y a des... Il y a des choses là auxquelles tu aspires pour le futur de SpirOps, mais de ce que tu perçois de l'IA, etc., qui te font envie ou tu te dis, il y a ça qui vient et je suis très enthousiaste.

[16:38] Lucie Fraïssé :

Justement, c'est l'opportunité de revoir l'organisation de notre société. Parce qu'il y a un côté, quand on a quelque chose d'aussi gros qui arrive et qu'on constate qu'il y a autant de changements, on n'a qu'un seul moyen je pense en tant qu'humain c'est de se dire bon ok comment est ce qu'on fait pour accueillir ça de façon de la façon la plus saine qui soit et c'est quelque chose aujourd'hui il y a plein de questions qui sont sur le tapis par rapport à plein d'autres sujets dans le monde et dans, enfin on connaît l'état du monde actuel et tout ça, mais cette arrivée de l'IA c'est aussi peut-être l'opportunité de repenser notre rapport au travail notre rapport, les uns aux autres, à la façon dont on fait société en soi. Et ça, c'est quelque chose que je trouve assez rare aujourd'hui. On a de temps en temps des conventions citoyennes qui apparaissent, mais finalement, on est peu sur ces questions un peu théoriques de qu'est-ce qu'on veut, en fait, pour le futur. Et peut-être que là, on sera obligés, au bout d'un moment, d'y être, quoi. Parce que ça avance tellement vite, et il y a tellement d'emballements que peut-être que la seule solution à l'arrivée, c'est ça, c'est de s'organiser, de se réunir et de dire, bon, maintenant, qu' est-ce qu'on fait ? 

Et pour Spirops, j'espère qu'on aura l'occasion de participer à ces débats-là et de s'investir dans ces choses-là par le podcast, en créant un peu la discussion, par des événements autour de lui pour faire se rencontrer les gens. Et peut-être aussi, j'espère, amener un peu d'informations aux personnes de tous les niveaux pour permettre derrière de mieux discuter et d'avoir, de participer à l'élaboration des idées autour de ce qu'on fera de l'IA dans le futur.

[18:07] Carole :

Très bien, ça me semble hyper intéressant. Non mais c'est vrai, c'est une manière positive d'aborder le truc.

[18:13] Lucie Fraïssé :

Mais on n'a pas d'autre choix.

[18:14] Carole :

Non, on n'a pas d'autre choix, je suis d'accord.

[18:17] Lucie Fraïssé :

C'est pour ça. Je pense que la seule issue, c'est ça. Et du coup, c'est plutôt pas mal. C'est plutôt pas mal, je suis d'accord.

[18:22] Carole :

Bon, parfait. Tu voudrais ajouter quelque chose ou ça te va ?

[18:24] Lucie Fraïssé :

Pas particulièrement, merci beaucoup.

[18:26] Carole :

Merci à toi.